Elle a rappelé à mon souvenir les pirogues maories voguant vers Rapa Nui. Il fallait le trouver ce caillou du bout du monde. Les hommes alors étaient guerriers, marins et astronomes. Et ils savaient lire en mer tous les signes de la terre lointaine, guidés par les oiseaux et les inflexions nuageuses. Pour bâtir là, une statuaire autiste qui signerait la perte du monde gagné.
Rapa Nui, nombril du monde. Vue du ciel, l'île de Paques c'est au moins le nombril du Pacifique sud. Nombril, égo, indifférence : la face hautaine des moaï masque leur aveuglement, dos à la mer, face à la vanité des principautés épuisées. Alors ces monstres de suffisance, il ne suffisait pas de les basculer. Il fallait aussi arracher leurs yeux de nacre qui, décidément, n'avaient rien compris.