vendredi 2 octobre 2009

Batavia

Créée en 1602, la Vereenigde Oostindische Compagnie, Compagnie Unie des Indes Orientales, fut le principal instrument de la domination hollandaise sur le commerce mondial, pendant une bonne partie des 17e et 18e siècles.

L'usage du canon a joué un rôle clef dans son expansion, ses bâtiments puissamment armés avaient pour première mission d'envoyer par le fond les navires des concurrents espagnols, portugais et anglais. Après s'être emparée des Moluques, la flotte de la VOC s'installe à Jayakarta. La ville vassale de l'intraitable Banten est finalement rasée en 1619 et, sur ses ruines, la VOC fonde Batavia, qui sera la tête de pont du capitalisme hollandais en Asie. En 1656, la compagnie s’empare de Ceylan et de sa production de cannelle.

Pendant plusieurs années, le monopole du commerce des épices fines - macis, noix de muscade, clous de girofle et cannelle - assure sa richesse et le bien-être de ses actionnaires.

Quant à la grande prêtresse de l'orgone, ce soir là, elle se voulait garce et n'était pas décidée à me laisser goûter, sans combats, aux saveurs épicées de sa peau. Le champagne et un usage modéré de la force brutale ont eu raison de ses résolutions. Le visage entre ses cuisses, cherchant à la faire jouir contre sa volonté, je me disais que le commerce est un étrange mélange de désirs et d'intrigues, quand, surgissant de lointaines années lycéennes, Hubert-Felix lança l'ordre d'un nouvel assaut:

"et cet ange qui me gueule viens chez moi mon salaud
m'invite à faire danser l'aiguille de mon radar
"

jeudi 10 septembre 2009

Svalbard

Les sagas islandaises mentionnent un lieu nommé Svalbard, la côte froide, à quatre jours de mer du pays des glaces, et qui semble correspondre à la côte orientale du Groënland. L'archipel que les Norvégiens désignent aujourd'hui sous ce nom, n'a donc aucun lien avec le Svalbard des Vikings. C'est Willem Barents, un navigateur hollandais qui, pour la première fois, le mentionne sur une carte, sous le nom de Spitsberg (Spitzberg), la montagne pointue.

Barents cherchait un passage pour rejoindre l'Asie en évitant la route maritime sud, celle du Cap de Bonne Espérance, tenue par les Portugais. Les États de Hollande promettaient une forte prime à celui qui parviendrait à gagner l'extrême-orient par le nord. Dans son périple, Barents explora aussi les abords de l'Île aux Ours (Bjørnøya) et de la Nouvelle Zemble (Novaïa Zemlia, la Nouvelle Terre) où il laissa sa peau en 1597.

Il y eut d'autres tentatives mais, finalement, les Hollandais changèrent de stratégie. Moins d'un siècle plus tard, ils s'installaient au Cap après avoir réglé leurs comptes aux flottes portugaise et espagnole.

Ce n'est qu'en 1879, que le Suédois Adolf Erik Nordenskjöld réussit à passer de l'Atlantique au Pacifique en longeant les côtes de la Sibérie à bord de la Vega, une baleinière de 45 mètres. Le voyage a duré plus d'un an. Stoppé par les glaces début septembre 1878, peu après le cap Chelagsky, à quelques jours de navigation du détroit de Béring, le bateau et son équipage ont été contraints à un hivernage de dix mois.

La dernière fois que je me suis baigné en Mer de Barents, en plein été du côté de Vadsø, il faisait plus de 25 degrés. Et cette année, à la fin du mois d'août, deux cargos de la compagnie allemande Beluga Shipping sont partis de Vladivostok pour tenter de rejoindre l'Europe par le passage du nord-est, sans l'assistance des brise-glace russes.

mardi 18 août 2009

Rapa Nui

Elle a rappelé à mon souvenir les pirogues maories voguant vers Rapa Nui. Il fallait le trouver ce caillou du bout du monde. Les hommes alors étaient guerriers, marins et astronomes. Et ils savaient lire en mer tous les signes de la terre lointaine, guidés par les oiseaux et les inflexions nuageuses. Pour bâtir là, une statuaire autiste qui signerait la perte du monde gagné.

Rapa Nui, nombril du monde. Vue du ciel, l'île de Paques c'est au moins le nombril du Pacifique sud. Nombril, égo, indifférence : la face hautaine des moaï masque leur aveuglement, dos à la mer, face à la vanité des principautés épuisées. Alors ces monstres de suffisance, il ne suffisait pas de les basculer. Il fallait aussi arracher leurs yeux de nacre qui, décidément, n'avaient rien compris.

mercredi 3 juin 2009

La Boudeuse

Dans un voyage, ce qui compte, c'est le récit. C'est comme ça depuis l'exode des Juifs en Egypte, depuis l'Odyssée, et depuis qu'un empilement de glaces et de cailloux dans l'Océan Arctique a été nommé "Terre Verte" par un Viking aventureux.

Quand le 6 avril 1768, La Boudeuse jette l'ancre devant les côtes de Tahiti, commence une grande histoire de cul qui fera rêver et bander des générations de navigateurs.

"Les pirogues étaient remplies de femmes qui ne le cèdent pas, pour l'agrément de la figure, au plus grand nombre des Européennes et qui, pour la beauté du corps, pourraient le disputer à toutes avec avantage. La plupart de ces nymphes étaient nues. [...] Malgré toutes les précautions que nous pûmes prendre, il entra à bord une jeune fille, qui [...] laissa tomber négligemment un pagne qui la couvrait, et parut aux yeux de tous telle que Vénus se fit voir au berger phrygien : elle en avait la forme céleste." 

Et oui, les vahinés elles avaient la santé, et face à deux cents jeunes hommes d'équipage, elles étaient bien décidées à prouver la supériorité de l'état de nature sur la civilisation !

Seulement, le voyage de M. le comte de Bougainville c'est du flan. De retour à Paris, Louis Antoine réécrit entièrement son journal de bord et fignole l'escale tahitienne pour émoustiller lecteurs et lectrices. Un vaste bidonnage, car le document original montre que les très jeunes filles qui s'offrent aux marins sont... en pleurs et pas vraiment rassurées par la perspective de se faire culbuter par l'équipage malodorant du navire. Ni la monogamie ni la fidélité sexuelle ne faisaient partie de la culture polynésienne, mais l'offrande joyeuse des vahinés aux marins de passage n'est qu'un gros malentendu.

C'est que, dès leur première rencontre, les Tahitiens avaient compris qu'il fallait tenir les Européens par la queue. Un an avant Bougainville, les Anglais leur avaient expliqué la civilisation à coups de canon... avant de lever l'ancre en urgence, quand il découvrirent que marins, matelots et soldats désossaient leur navire en douce pour en offrir les clous à leurs jeunes amantes.

Suivront l'infâme cohorte des missionnaires évangélisateurs et des petits bourgeois colonisateurs. Avant que Gauguin et Segalen ne rendent l'archipel au Dieu Sauvage.

J'ai beaucoup pensé à Tahiti depuis que cette jeune femme brune m'a montré le tatouage polynésien qui orne le bas de son dos. Pourtant en tenant ses hanches et en contemplant son très joli cul je n'ai pas songé une seconde aux vahinés langoureuses des îles.

mercredi 22 avril 2009

Tristan da Cunha

Loin de tout, très précisément au milieu de nulle part, il y a l'île de Tristan da Cunha, l'île Gough, également nommée Diego Alvarez, l'île Inaccessible et les îles Nightingale. C'est une escale particulière, isolée dans l'Atlantique sud, à l'écart des grandes routes maritimes. Depuis le 18e siècles des hommes s'obstinent à vivre sur la côte nord de Tristan da Cunha, à cultiver des pommes de terre et pêcher des homards. Quelques-uns ont cherché à en faire leur propriété privée, leur royaume miniature. Il y a des hommes comme cela.

The Settlement (La Colonie) selon les habitants, Edinburgh of the Seven Seas,selon les cartes, les timbres postaux et l'administration, est le seul lieu de peuplement de tout l'archipel. Il y a quelques guest-houses, qui accueillent les scientifiques en mission et les rares touristes qui parviennent à trouver un bateau pour les débarquer et pour repartir. Il y a un pub pour occuper les soirées. Et une salle des fêtes. La bière est importée, elle arrive par le cargo de Sainte-Héléne, tous les mois ou presque, si la mer le permet.

C'est un archipel fait à la mesure des albatros plutôt qu'à celle des hommes. Pour moi, c'est une étape obligée.

samedi 18 avril 2009

fables

le décalé d'une étoile et le cri lointain d'un oiseau,
ne pas fléchir, tenir haut le regard,

ils savaient les indices qui signalent
l'île encore inconnue dans l'océan

ils savaient les courants et les vents
les archipélagiques immémoriales

les principes qui ne s'accordent qu'au ralenti,
et les solitudes qui grandissent l'humeur humaine

des leçons tragiques de Rapa-Nui
à l'exil volontaire du "maître du jouir"

devenus fables